Livre de Tayeb Abdelli sur Matoub Lounès : une amitié au coeur du combat (par Allas Di tlelli)

,

Il est des livres qui, sans être des nobélisables, ne saisissent pas moins le lecteur par les tripes. Le livre-témoignage « Matoub Lounes : Notes et souvenirs d’un compagnon de lutte » de Tayeb Abdelli en fait assurément partie, se lisant d’une traite et suscitant spontanément ce besoin de livrer et de partager ce qu’on en ressent, avec les mots de tous les jours. Simplement.

Déjà et bien qu’à la lecture on ressent que les mots s’arrachaient presque de la chair de l’auteur, tout est à son honneur d’avoir apporté ce témoignage fort précieux à tous égards. Le militant/poète Teyyev se révèle autrement à travers une dimension insoupçonnée et on y découvre toute une phase de la vie de Lounès que nous ne connaissons pas, ou peu ; une vie dans l’Hexagone, quasi parallèle à celle qu’il avait en Kabylie et dont nous sommes loin d’imaginer la teneur ainsi que tous les troubles, les joies, les espoirs, les colères, les machinations, les frustrations, les incompréhensions, les dissensions, les tensions… qui en furent le lot.

Pour le lecteur qui bascule sans cesse entre la jubilation, la colère, l’enthousiasme et les larmes, il est également question de cet attachement rare entre deux hommes portés par leur sincérité mutuelle, presque absolue, quasi mythologique, mais aussi par cette rage de changer le monde et de réparer une injustice historique qui, hélas, dépassait leur engagement sans demi-mesure, leur ardeur viscérale et leur foi chevillée au corps en la justesse de leur idéal de liberté. C’est donc le récit d’une amitié singulièrement exaltante qui se tisse au fil des pages, et, en filigrane, une immersion dans une époque où tous les coups étaient permis, tous les rêves aussi.

En tournant la dernière page, on ne peut nier une forme de frustration liée à certains détails qui semblent manquer à l’histoire de Lounès ainsi que ce terrible sentiment d’inachevé qui révèle ce déchirement né d’une vie d’un titan violemment interrompue par la lâcheté, la haine et l’ignorance. Il y a aussi malaise dû à cette volonté de dissimuler l’identité de beaucoup d’antagonistes et pourfendeurs du duo volcanique que formaient Lounès et Teyyev dans le Paris de ces années de plomb où s’esquissait déjà les déchirements ultérieurs de la Kabylie. Au-delà, le livre étant sorti en 2019, on est étonné que l’algérianité et le berbérisme soient portés jusqu’au bout, non pas dans le contexte d’avant l’assassinat de Lounès, ce qui était l’option en vogue à cette époque-là, mais également dans le propos que l’auteur, Tayeb Abdelli, a mis en avant dans quelques pages éparses de la dernière partie de l’ouvrage où il a tenu à livrer quelques esquisses sur sa vision politique de l’avenir. Humble et perfectionniste, l’auteur rétorque à ce propos : « Je n’ai jamais été satisfait de ce que j’ai accompli ».

Qu’importe, le lecteur est entraîné dans ce témoignage dès qu’il soulève la première de couverture, désirant presque se greffer aux deux grands amis pour en faire un trio dans cette métropole des années disco et des tiraillements imperceptibles pour le montagnard resté en Kabylie où Matoub Lounès était admiré et écouté, jouissant d’un respect et d’une vénération authentiques au sein de son peuple et ce, malgré toutes les médisances colportées sans cesse sur son compte par une élite qui était déjà en dérive.

On ne remerciera jamais assez l’auteur pour ce moment qui fait oublier que Lounès n’est plus parmi nous et qu’il allait réapparaître d’un moment à l’autre sur une quelconque colline de Kabylie ou débarquer au Petit Balcon, rue des Maronites…

Un livre aux dimensions multiples à lire absolument.

Tayeb Abdelli, Matoub Lounes : Notes et souvenirs d’un compagnon de lutte, Fauves Éditions, 2019, 197 p.  

Allas Di Tlelli le 09/10/2020

  

tAYYEB aBDELLI MATOUB LOUNES
Retrouvez-nous sur notre page @Facebook et sur #Instagram ! Abonnez-vous à notre chaîne ►YouTube