Deux mondes, deux sens de l’esthétique (par Romain Caesar)

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La seule part de leur culture qui fût commune à toutes les régions de l’Empire, à l’Italie, à la Gaule, à l’Afrique, à l’Égypte par exemple, était leur participation à la culture grecque, langue et certains détails de la religion compris. L’Empire était gréco-romain en un troisième sens : la culture y était hellénique et le pouvoir (ainsi que les droits ou au moins la procédure) était romain. Toutefois, s’acculturer et s’identifier sont deux choses bien différentes : les Japonnais occidentalisés continuent de se tenir pour japonais et les Romains hellénisés se tinrent fièrement pour aussi romains qu’ils l’avaient toujours été.” Paul Veyne, L’Empire gréco-romain. Avant-propos, page 9.

Sommes-nous plus attachés à notre monde plus que les Romains de l’Antiquité et les Japonais d’aujourd’hui? Sommes-nous plus conscients de ce que nous sommes plus qu’eux? Et pourtant, Rome, cette grande puissance a été conquise culturellement par la Grèce, et le Japon aujourd’hui par la culture occidentale. Rome et le Japon ont-ils perdu leur âme pour autant ? Non. Ils ont gardé tous les deux leur spécificité et leur originalité.
En fréquentant le meilleur, on apprend à devenir meilleur. C’est contagieux. L’excellence nous enseigne la liberté, l’esthetique, l”acte de penser, elle nous enseigne comment être et devenir soi-même. Les Allemands disaient : “Pour se connaitre, il faut passer par la Grèce.” – les cultures grecque et latine nous apprennent la redécouverte et la réinvention de soi.

Admirons ces deux œuvres : l’œuvre à droite, romaine, 200 ans avant notre ère, autrement dit, de la djahiliya/les temps de l’ignorance selon les Arabo-Islamiques et celle de gauche, œuvre d’un élève des “beaux-arts” algériens, 2200 ans plus tard.

Deux mondes, deux sens de l’esthétique. Une œuvre qui vous valorise en la regardant et l’autre qui vous dévalorise, voire vous humilie. Notre fauve moderne, non seulement il est moche, mais fier comme un lion en pâte à modeler sorti de l’imagination d’un élève de la maternelle. Et dire qu’il a coûté plus cher à l’Algérie que celui de bronze à l’Empire !

Un faux fauve au henné. Immobile et sans charisme. Un roi déchu reproduit par un esprit décadent et des mains qui ne savent plus caresser, ni tailler, ni construire. Ne blâmez surtout pas l’artiste ! Ce beau lion est le produit d’une société et d’une civilisation, d’où l’humiliation que l’œuvre suscite.

Nous sommes hélas à l’image de ce lion, façonnés et travaillés, comme lui, par les mêmes mains et les mêmes lois esthétiques.

Romain Caesar, Écrivain

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